top of page

En souvenir de René Racine

19 décembre 2026


L’Observatoire du Mont-Mégantic, IREX et l’Université de Montréal pleurent la disparition de René Racine. René Racine a consacré sa vie à l’observation du ciel et, ce faisant, a inspiré toute une génération d’astronomes canadiens. Né à Québec le 16 octobre 1939, le professeur Racine a bâti sa carrière sur la curiosité, le savoir-faire et une combinaison rare de compétences pratiques en ingénierie et d’audace conceptuelle, ce qui a fait de lui une figure emblématique de notre communauté astronomique.

René s'est initié à l'astronomie par un apprentissage discret et constant. Après avoir obtenu un diplôme en physique de l'Université Laval (1963), il a entrepris des études doctorales en astronomie à l'Université de Toronto sous la direction de Sidney van den Bergh (1929-), autre figure emblématique de l'astronomie canadienne. René a ensuite été boursier Carnegie aux observatoires du Mont Wilson et de Palomar en Californie, avant de reprendre un poste de professeur au Département d'astronomie de l'Université de Toronto en 1969, où il a enseigné jusqu'en 1976.


En 1976, René accepta un poste de professeur à l'Université de Montréal, où il prit également la direction du projet de construction de l'Observatoire du Mont-Mégantic (OMM). De ses premières années à l'étranger, René revint avec la ferme conviction que la recherche scientifique de calibre mondial pouvait et devait être menée au Canada. Cette conviction demeure un élément essentiel de son héritage. René joua un rôle déterminant dans la création et le développement de l'OMM, dont il fut le directeur durant ses décennies formatrices cruciales.

De la sélection du site à la constitution des équipes académiques et techniques, René a supervisé le développement de l'observatoire, contribuant à la mise en place de ses instruments et à l'essor de sa réputation, et encadrant d'innombrables étudiants et membres du personnel qui ont fini par considérer la montagne comme leur deuxième foyer. L'Observatoire de Montréal (OMM) a été inauguré en mai 1978. L'observatoire que nous chérissons aujourd'hui porte encore l'empreinte de son leadership.

René a ensuite dirigé le Télescope Canada-France-Hawaii (1980-1984), où il a joué un rôle déterminant dans l'établissement de sa renommée internationale au sommet du Mauna Kea. Son influence mondiale s'est particulièrement manifestée par sa défense des atouts du Télescope et de son site d'observation exceptionnel au sommet du Mauna Kea. Grâce à son leadership visionnaire, le télescope a acquis une renommée pour la qualité inégalée de ses capacités d'imagerie, un héritage qui a non seulement permis d'obtenir des résultats scientifiques de pointe, mais qui a également influencé la conception et l'utilisation des instruments dans les grands observatoires internationaux.

À son retour au Québec, il a dirigé avec brio l'OMM de 1984 à 1997. Ses contributions au sein des deux institutions ont été exceptionnelles. Les nombreuses contributions scientifiques de René s'accompagnaient d'une ingéniosité technique remarquable. Il a acquis une reconnaissance internationale pour ses travaux sur les instruments astronomiques et la qualité d'image, des recherches qui ont amélioré la netteté de nos observations et affiné les questions que nous pouvions poser sur l'univers.


Ceux qui ont travaillé avec lui se souviennent d'un homme capable de passer avec la même aisance et une énergie apparemment inépuisable de la salle de contrôle à la table à dessin, puis à l'amphithéâtre. Sur le plan scientifique, René a apporté d'importantes contributions à l'étude des amas globulaires, au développement de l'optique adaptative et à des travaux théoriques novateurs en imagerie à haut contraste. Il a également contribué au recalibrage de la constante de Hubble, paramètre essentiel à nos tentatives de mesurer l'échelle et l'âge de l'Univers. Ses recherches, et les collaborations qu'elles ont suscitées, ont permis d'affiner nos estimations des distances cosmiques et de faire progresser les débats en cosmologie ainsi que dans le domaine de l'imagerie des exoplanètes.


En 1997, René a pris sa retraite de ses fonctions de professeur adjoint titulaire et de directeur de l'OMM et est devenu professeur émérite à l'Université de Montréal. En 2005, il a été nommé directeur général de l'Association des universités canadiennes pour la recherche en astronomie (AURCA), poste qu'il a occupé avec distinction jusqu'en 2012.


Ses contributions et son dévouement ont été reconnus de multiples façons : son élection à la Société royale du Canada (1989) et à l’Ordre du Canada (1999), des distinctions honorifiques de sociétés astronomiques canadiennes et une distinction de l’Ordre national du Québec (2005). Un astéroïde, 45580 Renéracine, porte son nom, un hommage céleste approprié à une vie consacrée à l’astronomie.


Au-delà des titres et des distinctions, le véritable don de René résidait dans ce qu'il offrait aux autres. Les étudiants se souviennent de sa patience et de sa clarté ; ses collègues évoquent son exigence de rigueur, tempérée par l'humour ; ses collaborateurs appréciaient un partenaire qui attendait l'excellence tout en partageant généreusement le mérite. La communauté des observatoires, et l'astronomie canadienne en général, ont bénéficié non seulement de son intelligence, mais aussi de sa volonté d'enseigner, de bâtir et de protéger les institutions qui rendent la découverte possible.


La lumière qu'il a contribué à concentrer, au sens propre comme au figuré, continuera de traverser les télescopes et les esprits qu'il a façonnés. Souvenons-nous de René Racine comme d'un bâtisseur de lieux et d'un formateur d'hommes : un astronome convaincu que la grande science exigeait l'excellence, et que l'excellence exigeait générosité de temps et d'esprit. Dans le silence d'un dôme de télescope, ou à l'instant où un point lumineux lointain se métamorphose en étoile, une part de René continue de vivre. Nous pleurons sa disparition et nous rendons grâce pour une vie qui nous a tous permis de lever les yeux vers le ciel.


Avec respect et sympathie. Stéphane Courteau, René Doyon, David Hanes

Posts récents

Voir tout

Commentaires


bottom of page