Efforts du Canada dans le cadre du développement d’un très grand
télescope optique (VLOT)
Dennis Crabtree
(CNRC-IHA)
Le
développement d’un très grand télescope optique est un projet de très haute
priorité pour le plan à long terme (LRP) pour l’astronomie. On prévoit que la
construction de ce télescope débutera vers le milieu de la deuxième décennie du
XXIe siècle. Il s’est produit une évolution rapide des concepts de
télescopes extrêmement grands (ELT) dans le monde entier depuis l’élaboration du
LRP en 1999, y compris au Canada, et il est maintenant probable que la
construction d’un tel télescope débute au cours des cinq prochaines années. Les
efforts du Canada jusqu’à présent nous ont permis de bien nous positionner pour
jouer un rôle dans un projet international de construction d’un ELT. Le présent
rapport est un résumé de la situation actuelle du projet du VLOT et des étapes
à suivre.
Les
travaux en vue du VLOT ont commencé doucement vers le début de 2000. Le CNRC
avait accordé à l’IHA une petite somme de financement relais au cours de
l’exercice financier 2001-2002 en supposant que le financement pour le LRP
serait accordé l’année suivante. Le CNRC annonçait vers le début de 2002 (voir http://www.casca.ca/ecass/issues/2002-me/content_fs.html) l’accord d’un
financement de trois ans pour les travaux de développement du VLOT dans le
cadre du plan à long terme de l’IHA. Pendant ce temps, la société AMEC Dynamic Structures avait également
investi une quantité importante de ressources internes pour faire les études et
la conception des enceintes et de la structure du télescope.
En 2001,
on avait établi un Comité directeur scientifique (SSC) du VLOT ainsi qu’un
bureau de projet du CNRC-IHA. Le SSC a fourni des conseils au responsable du
projet (Carlberg), tandis que le bureau de projet a fourni des directives pour
les travaux techniques du Canada. Le SSC a recommandé unanimement que le Canada
soit un associé à part entière et égale dans tout projet futur.
Quels
facteurs scientifiques guideront le développement de la prochaine génération
d’ELT? Un des buts scientifiques majeurs est de caractériser les
systèmes planétaires et les disques protoplanétaires extérieurs que l’on
découvre rapidement grâce aux télescopes existants. La caractérisation des
planètes pourrait devenir un facteur majeur des exigences relatives au
télescope, puisqu’elle dépendra d’éléments optiques très précis alimentant un
système d’optique adaptatif extrême muni de dizaines de milliers de positionneurs.
Un autre
facteur scientifique majeur est celui de la question des premières sources de
lumière dans l’Univers. Ses sources primordiales sont-elles les étoiles chaudes
massives prédites par les théoréticiens? Sont-elles
complètement dépourvues d’éléments autres que l’hydrogène et l’hélium produits
lors du Big bang? Quels mécanismes de formation stellaire dans les galaxies ont
permis la création du reste des éléments?
Les
autres facteurs scientifiques comprennent la formation et l’évolution des galaxies,
l’évolution de structures à grande échelle, la FMI stellaire et la physique de
la fragmentation et la nature de la matière noire et de l’énergie noire.
Le VLOT est un télescope à miroir segmenté de
20 mètres de conception optique agressive (primaire de f/1) qui pourrait
répondre aux exigences du Plan d’ensemble de Mauna Kea et être construit sur le
site du TCFH. Le plan de base comprend l’utilisation de 150 segments hexagonaux
de 1,8 m pour former l’ouverture de 20 m. Les segments situés le plus
à l’extérieur sont de forme assez asphérique (286 mm) par contraste avec l’approche adoptée pour le CELT (California
Extremely Large Telescope), selon laquelle on emploie un primaire de f/1.5 et
des segments de 1 m (asphéricité de 20 mm). Le miroir
primaire rapide exige une structure plus courte et rigide ainsi qu’une enceinte
plus petite et moins coûteuse.
Le
télescope est muni de deux plates-formes Nasmyth verticales pour monter les
instruments, une de chaque côté. On a choisi cette approche pour éliminer les
effets du changement du vecteur de gravité sur les instruments.
La
structure du télescope comprend deux grandes roues-palier hydrostatiques de
12 m de diamètre, un support à miroir monocoque
et un support secondaire quadrupode construit d’acier et de composite de
carbone.
L’enceinte
est du type Calotte, un couvercle tournant avec une ouverture circulaire. Cette
configuration offre plusieurs avantages par comparaison aux enceintes à fentes
traditionnelles. L’ouverture de la configuration en Calotte est la plus petite
ouverture possible pour une grandeur de télescope donnée. On prévoit que cette
configuration aura une rigidité plus grande et uniforme qu’une enceinte
conventionnelle comparable. Les enceintes conventionnelles ont typiquement deux
grandes poutres en forme d’arches de chaque côté de la fente. Ces poutres
créent une zone relativement rigide près de la fente et des endroits
comparativement plus souples plus loin de la fente, menant à une distribution
de masse très variable sur le système d’entraînement du dôme. De plus, ce genre
d’enceinte consomme beaucoup moins d’énergie que les configurations
conventionnelles.


Figure 1. La structure et l’enceinte du VLOT.
Les
efforts du Canada sont axés sur les principales difficultés posées par la
prochaine génération de télescopes optiques. La plupart des problèmes
scientifiques des ELT concernent les éléments optiques adaptatifs pouvant
produire des images limitées par la diffraction afin d’atteindre une meilleure
résolution spatiale et le gain de temps d’intégration proportionnel à D4
dans le cas de sources ponctuelles limitées par le fond. L’exigence relative à
la qualité des images impose des exigences strictes sur tous les aspects de la
conception du télescope.
Les
segments de miroir du VLOT devront être polis à une tolérance beaucoup plus
petite que ceux des télescopes Gemini ou VLT. Nous avons récemment financé une
étude conjointement avec le TCFH et la France, par Sagem (anciennement REOSC),
sur les approches techniques, les coûts et le calendrier de production des
segments de miroir du VLOT. Selon Sagem, elle pourrait utiliser une combinaison
de techniques existantes et nouvelles pour produire et tester les segments du
VLOT nécessaires dans un temps raisonnable. Nous financerons probablement la
production d’un segment de démonstration de 1,8 m comme prochaine étape
vers la production véritable des segments du miroir primaire.
Les
effets du vent, en ce qui concerne la force exercée sur la structure du
télescope et la cellule de miroir et l’épuration thermique de l’enceinte, sont
d’une importance cruciale pour le rendement du VLOT. L’enceinte joue un rôle
crucial dans la protection du télescope contre le vent et permet une épuration
thermique adéquate de l’intérieur de l’enceinte. Le CNRC-IHA a organisé un
atelier sur la modélisation des vents vers la fin février auquel ont participé
des employés du CNRC-IHA, du CNRC-IRA (Institut de recherche aérospatiale),
l’UTIAS (University of Toronto Institute for Aerospace Studies), de la firme
RWDI (une entreprise se spécialisant dans les forces exercées par le vent sur
les structures), de la firme AMEC et de l’UBC. Les conclusions de cet atelier
ont montré clairement que le Canada peut jouer un rôle crucial dans la
compréhension des effets du vent en organisant des essais en soufflerie et en
faisant des études à l’aide de CFD (dynamique des fluides computationnelle).
Des études des effets du vent seront menées à contrat dans le cadre du projet
du VLOT au cours des deux prochaines années afin d’optimiser la conception de
l’enceinte et du télescope en ce qui a trait aux effets du vent.

Figure 2 Contours de vitesse du vent pour une enceinte
du type calotte
La
modélisation intégrée du VLOT nous permettra de mieux comprendre les compromis
entre les différents modèles et à choisir celui qui répond le mieux aux
exigences scientifiques. Le modèle intégré (IM) est conçu pour étudier le
rendement dynamique et optique du télescope en entier soumis à diverses
perturbations de la gravité, des vents, de la température, etc. Par exemple, le
vent soufflant sur la cellule du miroir primaire exerce une pression sur les
segments de miroir et les déplace légèrement; ce déplacement étant détecté par
les capteurs placés aux bords des miroirs. Cette information sera entrée dans
le système de commande du miroir qui actionnera des positionneurs afin de corriger
l’emplacement de chacun des 150 segments. Pendant que cette boucle de commande
est en opération, un système de traçage de rayons optiques calcule l’effet de
la force exercée par le vent sur la qualité de l’image produite. Cet exemple a
été beaucoup simplifié, car en réalité, on doit tenir compte des effets du vent
sur la stucture du télescope, les miroirs secondaires et les miroirs
tertiaires, des effets thermiques (vision du miroir et de l’enceinte), du
rendement de l’optique adaptatif, etc.
Le
CNRC-IHA a investi une quantité importante de ressources dans le modèle intégré
et continuera à le faire au cours des deux prochaines années. Le grand éventail
d’expertise acquise par le CNRC-HIA sera d’une valeur inestimable pour le
développement du modèle intégré.

Figure 3 Schéma du modèle intégré
En
Europe, les deux principaux projets d’ELT, OWL et Euro 50, se sont plus ou
moins fusionnés et tenteront d’obtenir des fonds de la Commission européenne
pour faire leurs études. La France a alloué une certaine quantité de ressources
pour étudier les successeurs du TCFH. À présent, il est peu probable que cet
effort joue un rôle dans la « perspective » française, leur exercice
de planification quinquennal en cours à ce moment.
En
Amérique du Nord, le GSMT (télescope géant à miroir segmenté), tel que
mentionné dans le US Decadal Review, était vu comme un télescope de 30 m
développé conjointement par le secteur privé et le secteur public. Le CELT et
le groupe du TMT (télescope de vingt mètres) sont les deux projets
« privés » des États-Unis considérés sérieusement en ce moment.
Il est probable que le côté public du GSMT soit réalisé par le Bureau des
nouvelles initiatives de l’AURA qui est financé principalement par le NOAO,
avec un peu de support de Gemini.
Le Canada
collabore avec le CELT, le TMT et le NIO sur le plan scientifique et technique.
Le NSF a créé un groupe de travail scientifique du GSMT afin de déterminer les
facteurs scientifiques ayant un effet sur le développement d’un GSMT et
Carlberg fait partie de ce groupe. Le Canada est resté en contact avec le CELT
et le TMT et ces groupes ont élaboré davantage leurs plans de développement et
de financement. Le bureau de projet canadien entretient une bonne relation de
travail avec le NIO, avec lequel il partage des connaissances et des plans
techniques. Cette coordination technique a récemment été élargie dans le
domaine de la modélisation des vents et comprend maintement le CELT.
Au
Canada, le développement d’ACURA (voir l’article dans ce numéro) a mené à une
modification de l’approche traditionnelle au financement et à la gestion des
grands projets d’infrastructures astronomiques. Au chapitre du financement,
ACURA donnera à notre communauté accès aux fonds considérables disponibles de
la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI). À cet effet, une importante
proposition sera déposée auprès de la FCI en mai pour permettre au Canada de
participer à la conception et à la construction préliminaire d’un ELT. Le
Canada signalera probablement bientôt son intention de se joindre aux efforts
des États-Unis et de former un projet international. Les efforts faits par le
Canada jusqu’à présent l’ont mis dans une bonne position pour devenir un
associé « à part entière et égale » sur le plan scientifique et
technique dans un futur projet d’ELT.